De : Rolando Guzzi

 

Objet : Prévisions à partir de la dernière mise en oeuvre de BUSY

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1. Les résultats d'après le modèle BUSY

 

- Cette récente mise en oeuvre de BUSY intègre les données du troisième trimestre pour les comptabilités française,anglaise et italienne et du quatrième trimestre pour l'Allemagne, ainsi que les résultats des enquêtes du mois de décembre.

- Ne sont présentés comme résultats que ceux qui bénéficient des garanties suffisantes de fiabilité économétrique.

Nous renvoyons le lecteur à notre Rapport Intermédiaire du 16/12/90, pages 50 et suivantes, pour la discussion des critères de fiabilité et des méthodes pour y satisfaire.

- Les hypothèses pour la consommation publique dans BUSY proviennent des prévisions pour les Budgets Economiques (ci après abbrégés par B.E.)

- Les consommations privées semblent promises à une croissance plus faible que celle de l'année écoulée sauf en Italie.

- BUSY donne dans les quatre pays une réduction de moitié de la croissance des investissements d'équipement, avec pour le Royaume-Uni une croissance située entre 0 et -1%.

Pour les investissements immobiliers, il faudrait s'attendre à :

* une croissance réduite à 1,5% en Allemagne

* une croissance d'environ 3% en France

* une croissance proche de 1% en Italie

* une chute d'environ 2% au Royaume-Uni

- En France et en Italie, la demande d'exportations semble vouée à une croissance réduite d'un ou deux pourcents par rapport aux taux de 1990, c'est-à-dire 2% et 3,7% respectivement.

Par contre, le Royaume-Uni risque de la voir ramenée de 5 à 2%.

En Allemagne le rétrécissement risque d'être encore plus vigoureux selon BUSY - qui prévoyait déjà 6% pour 1990 au lieu des 15% prévus par les B.E. , pour 0,4% réalisés - laissant entrevoir une croissance proche de zéro pour 1991.

Hormis l'Allemagne, les exportations restent le composant le plus dynamique de la demande.

- Les importations, appuyant en cela les prévisions faites pour les exportations, seront moins importantes en raison du tassement attendu des autres composants et en seront affectés plus que proportionnellement.

En Italie, cependant, la croissance des importations ne devrait pas descendre en-dessous des 4%.

 

2. Interprétation des résultats

Le premier trimestre de 1991 est l'amorce d'une reprise de la consommation, hormis le cas de la France, en raison de la non aggravation de la confiance des consommateurs au-delà de cette date dans les estimations de BUSY.

Par contre, la tendance de la propension à consommer à se restreindre sort ses effets dans BUSY avec un an de retard et affecte négativement les prévisions de consommation pour fin 1991.

Le rétrécissement de la propension à consommer observé et simulé provient sans doute au moins de deux causes :

* la dernière croissance importante du revenu national n'aurait pas perduré encore assez que pour influencer sensiblement les habitudes de consommation

* la récente période d'incertitudes aura incité les ménages à épargner d'avantage, et ce particulièrement en Allemagne et en France, ce dont attestent les résultats des enquêtes.

Les prévisions de BUSY à propos des investissements se basent sur des moyennes mobiles , des taux d'intérêt, et les enquêtes sur les investissements. Dans le cas présent, il convient de réfléchir aux déterminants éventuels de l'opinion sur les investissements futurs.

Les évolutions récentes des indicateurs de la confiance des consommateurs les rapprochent toutes du creux de 1982 avec les effets que cela implique sur la post-position de dépenses et la

constitution d'actifs financiers, encore encouragées par les hausses de taux d'intérêts. Cependant, sans qu'il ne se soit produit de choc pétrolier ou de choc extérieur équivalent (forte récession US par exemple), ces comportements ne se sont pas accompagnés d'une forte baisse de pouvoir d'achat - nonobstant les niveaux de ces derniers.

Ainsi, sous réserve des prochaines évolutions monétaires, des prix et du chômage, les opinions des ménages pourraient bien consister en une anticipation de la réaction macroéconomique à un choc extérieur présumé plutôt qu'en une constatation de la dégradation de leur environnement économique.

Selon ce raisonnement, il serait inutile de craindre un effet réel trop important de la dégradation récente des opinions concernant la situation économique générale, ayant entraîné à leur suite l'indicateur synthétique de confiance.

Il serait intéressant de mettre en oeuvre BUSY avec une évolution alternative pour l'indicateur de confiance.

De manière générale, il nous semble que les points de retournement des séries d'opinions sont situés bien avant que n'apparaisse de manière très menaçante le conflit du Golfe. De même, et sous réserve d'une analyse macroéconomique plus approfondie, la course de ces variables nous semble plutôt explicable par la persistance d'une croissance faible pendant la décennie écoulée.

En effet, il nous semble que les variables d'opinion sur la situation financière des ménages sont susceptibles de fournir une information plus riche que les variations du revenu national par le fait qu'elles constituent des moyennes pondérées par les proportions des catégories sociales dans l'échantillon de l'enquête, et qu'elles incorporent bien entendu des éléments d'appréciation relatifs au contexte économique de la période.

De ce fait, la persistance d'une perception à un niveau bas de la situation financière des ménages nous paraît susceptible d'expliquer une certaine fragilité de leur demande, c'est-à-dire une dépendance forte par rapport aux conditions immédiates de la conjoncture.

La crise du Golfe aura probablement joué un rôle de catalyseur et d'amplification des opinions mais nous ne pensons pas qu'elle doive être prise pour une cause majeure dans les évolutions en cours. Il serait cependant préférable de se référer aux études statistiques qui ont été entreprises récemment sur ce sujet.

Du côté des entreprises, les perspectives d'évolution de la production ont décliné ces derniers mois sans que les perspectives d'utilisation des capacités ne s'en ressentent dans la même proportion, ceci étant probablement dû au volume des commandes en cours d'exécution. Il n'en reste pas moins que les perspectives pour ces dernières, notamment en provenance de l'étranger, peuvent paraître inquiétantes.

Une analyse macroéconomique plus approfondie devrait aider à identifier la phase actuelle soit comme l'amorce de la phase de retournement d'un cycle, soit comme une réaction brève suite à la rencontre encore récente d'un "pallier de croissance" (cf les taux d'utilisation des capacités de 89).

Néanmoins les taux d'utilisation, même légèrement réduits depuis lors, restent à un niveau suffisemment élevé pour qu'une éventuelle accélération de la demande donne lieu à une croissance vigoureuse des investissements.

Cependant, les enquêtes semestrielles sur les intentions d'investir pourraient fournir un argument en faveur d'un retournement de plus grande ampleur, si l'on accepte de considérer que les révisions à la baisse des intentions déclarées en mars pour 1990 - trop soudaines pour que BUSY aie pu en tenir compte durablement - sont dues en partie à un effet psychologique de la guerre du Golfe mais en partie également à des attentes de capacités plus largement excédentaires pour un horizon dépassant celui de l'enquête sur les utilisations de capacités.

Il faudra probablement attendre les premiers résultats de l'enquête de mars sur les décisions d'investir pour parvenir à mieux caractériser cette phase hésitante.

 

3. Fiabilité

Dans un grand nombre de cas, la réalité se révèle à mi-chemin entre les prévisions des B.E. et celles de BUSY.

Afin d'utiliser avantageusement cette complémentarité, il serait utile que des mises en oeuvre de BUSY soient effectuées un peu avant l'ouverture des travaux pour les B.E. et également au moment de leur phase de révision.

La non-stationnarité decélée dans les séries du modèle (cfr. notre Rapport intermédiaire du 16/12/90) nous avait amené à proposer une estimation des relations au travers d'un modèle à paramètres variables.

C'est d'ailleurs avec ce type de modèle qu'il devient très avantageux de réestimer les équations après chaque mise à jour de la base de données.

En attendant, il convient de signaler que l'évolution des coefficients "fixes" estimés au cours des différentes mises à jour de BUSY, nous renseignent partiellement sur l'évolution des relations supposées entre les variables.

Ainsi, si ces évolutions apparaissent marquées, la simulation qui s'opère à partir des coefficients estimés sur une période intégrant la dernière donnée disponible sera sensiblement diffèrente de la simulation operée à partir des coefficients estimés sur la période arrétée un trimestre plus tôt.

En l'absence d'un modèle à coefficients variables, il nous paraît difficile de choisir une procédure optimale pour cette alternative, et nous incitons par conséquence le lecteur à relativiser les résultats des simulations, et à se livrer plutôt à une reflexion prospective à partir des équations estimées et de l'évolution des prévisions de BUSY au cours du temps.

Alors que BUSY marie de manière interéssante une certaine inertie propre à chaque variable avec des impulsions en provenance des opinions, rappelons qu'il faut être attentifs à ce que ces dernières devraient être "filtrés" pour n'en retenir que l'information pertinente pour les décisions, car les comportements de perception et de décision varient par rapport à la conjoncture ( usage de pondérations probabilistes ou arbitraires ...).

© Sodyna