LÕUrbanisation delÕĒ Entreprise Žtendue Č

 

Rolando GUZZI

Enseignant chercheur Š Centre deRecherches en ŽpistŽmologie appliquŽe, Ecole Polytechnique

1, Rue Descartes Š 75005 Paris

rguzzi@poly.polytechnique.fr

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Daniel LANG

Enseignant chercheur e-business ŠInstitut National des TŽlŽcommunications

9 rue Charles Fourier Š 91011 Evry CedexŠ

daniel.lang@int-evry.fr

 

 

Mots-clŽs :entreprise Žtendue, productivitŽ globale, organisation orientŽe objet,stratŽgie dŽcentralisŽe, cha”ne de valeur, auto-organisation

 

RŽsumŽ succinct:

Cetarticle se propose dՎtudier le concept dÕurbanisation des SystmesdÕInformation dans le contexte de lÕentreprise Žtendue. Dans une premirepartie, nous prŽsenterons les caractŽristiques de ce mode dÕorganisation, puisdŽgagerons des rgles de gestion adaptŽes. Il sÕagira enfin, de tenterdÕextraire des lignes directrices pour imaginer une urbanisation efficace.

 

RŽsumŽ :

Le Systme dÕInformation de chaque participant dÕune entreprise Žtenduea besoin dՐtre accessible par tous les partenaires impliquŽs dans laĒ Global Value Chain Č. LÕentreprise cliente souhaite notammentpouvoir accŽder aux informations relatives aux produits, et le fournisseur abesoin dÕinformations sur le niveau de stock de lÕentreprise cliente pouroptimiser sa production et gŽrer au mieux ses livraisons. LÕurbanisation desSystmes dÕInformation consiste ˆ dŽvelopper une entreprise modulaire, danslaquelle chaque granule qui la compose Žchange, communique, traite, dŽcide demanire autonome de faon ˆ proposer une plus grande rŽactivitŽ et une plusgrande flexibilitŽ. Nous proposons une approche dÕOrganisation OrientŽe Objet(OOO) o chaque ŽlŽment dÕune entreprise sera reprŽsentŽ symboliquement par unĒ objet Č avec des propriŽtŽs propres ou hŽritŽes de classesdÕappartenance et des comportements. Cette reprŽsentation devra ensuite servirde rŽfŽrentiel pour tout changement organisationnel ˆ venir.

La mŽthode consistera ˆdistinguer les caractŽristiques des processus invariants de celles desprocessus plus flexibles de faon ˆ reconceptualiser autour des premiers lescomposants technologiques et organisationnels, flexibles et communicantspermettant de reprŽsenter ˆ un instant t une stratŽgie interentreprises et les processus qui laconcrŽtisent. Ainsi, lors de toute modification stratŽgique, induisantimplicitement une reconfiguration des mŽthodes de travail aussi bien internesquÕexternes, seuls certains composants applicatifs ou sous processus devronttre rŽvisŽs, notamment des sous processus orientŽs client, moins stables, etqui devront Žvoluer plus frŽquemment.

 

 

 

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0. Introduction

 

0.1 Š Positionnement

 

Les auteurs sÕoccupent,lÕun de re-engineering des processus dÕentreprise, de lÕimpactstratŽgique des Systmes dÕInformation et du e-business, et lÕautre de modŽlisation dynamique en micro- etmacroŽconomie [23,24] et de systmes dÕaide ˆ la dŽcision [22,25]. Tous deuxconvergent sur le fait que de nouveaux outils, mais surtout, une nouvelleculture Žconomique et managŽriale sont devenus nŽcessaires pour rŽussir leredŽploiement actuel des activitŽs Žconomiques. Les points de vue adoptŽsproviennent donc principalement de lÕanalyse Žconomique et de la dynamique desorganisations, ainsi que de concepteurs dÕapplications dÕaide ˆ la dŽcision.

 

Notre contribution consistera ˆ Žtudier lÕurbanisation des systmesdÕinformation (USI) dans le cadre du concept dÕEntreprise Etendue (EE). IlsÕagira dans une premire partie dÕexpliquer les caractŽristiques de ce typedÕorganisation, ensuite, dans la deuxime partie, il sÕagira de dŽgager desquestions de gestion pouvant influencer lÕarchitecture du systme dÕinformation(SI), et enfin tenter dans la troisime partie de concevoir un ensemble derecommandations dÕarchitecture de SI devant favoriser la bonne ma”trise de cedernier au cours de lՎvolution de lÕEE.

 

0.2 Š DŽfinitions et paradigmes

 

Nous entendrons par Entreprise Etendue (EE) une coopŽrationinterentreprises dans laquelle chaque membre inscrit profondŽment dans sonorganisation et son fonctionnement certaines exigences induites par sespartenaires formant ainsi une entitŽ cohŽrente gŽrŽe en tant que telle.

Nous utiliserons essentiellement trois paradigmes : celui delÕauto organisation des systmes vivants [28], celui de lÕindividualismemŽthodologique [5] et celui de la programmation orientŽe objet [11]. Lescontraintes de cette communication nŽcessitent de renvoyer les lecteurs ˆdÕautres sources pour leur discussion approfondie.

 

1) Le premier paradigme retient que dans la plupart des cas, un systmeŽloignŽ de son Žtat dՎquilibre thermodynamique ou fondamental est capable deproduire lui-mme un ordre interne en instaurant spontanŽment des corrŽlations ˆlongue portŽe entre ses composants, et ce, en forme de rŽponse inertielle auximpulsions provenant de son environnement et aux sources dÕaugmentation dedŽsordre [28]. Dans notre cas dÕEE [3], lÕidŽe est de permettre ˆ uneorganisation qui souhaite sÕouvrir davantage sur son environnement en voulanttirer les consŽquences des informations dont elle dispose ˆ son Žgard, detrouver dans une Žlaboration assez dŽcentralisŽe de son SI la source dÕordrenŽcessaire ˆ sa cohŽrence et ˆ son identitŽ [33]. Paradoxe donc, puisque lÕonpostule que plus dÕouverture sur lÕextŽrieur et sur lÕintŽrieur est susceptiblede produire plus de cohŽrence.

 

2) LÕadoption de lÕindividualisme mŽthodologique est presque uneconsŽquence du premier paradigme puisquÕil consiste ˆ ne jamais se dŽpartir delÕhypothse que toute construction sociale repose sur des individus poursuivantdes objectifs ou stratŽgies propres, mme sÕils ne sont pas explicitŽs et mmesi leur rŽalisation passe par lÕadhŽsion ˆ quelques comportements prescrits parune institution [5, 30]. Dans notre cas, cela requerra de faire attention parexemple ˆ ne pas ignorer la nŽcessitŽ de prŽvoir dans lÕorganisation des zonesdÕactions ne devant tre ni explicitŽes ni intŽgrŽes dans le SI, mais de lesprendre en compte dans lÕanalyse de la dŽpendance de la structure officielle delÕorganisation vis-ˆ-vis de sa structure officieuse [25]. Nous devronsŽgalement ne jamais faire lՎconomie dÕune traduction en termes dÕobjectifsindividuels dÕun ŽvŽnement portant sur tout un groupe et Žviter ainsi de tomberdans le pige du simplisme.

3) Enfin, nous dŽtaillerons dans la troisime partie en quoi laprogrammation Ē orientŽe objet Č (POO), avec sa logique de classes,dÕinstanciations et dÕhŽritages, doit inspirer, selon nous, la conception mmede lÕorganisation de lÕEE et de son SI [10,34], bien au-delˆ des simpleslibrairies constitutives des applications informatiques, et dŽboucher sur uneOrganisation OrientŽe Objet (OOO).

 

La notion dÕEE que nous retenons est indissociablement liŽe ˆ la notionde cha”ne de valeur delÕentreprise, qui incorpore tous les processus stimulŽs par la demande dÕunclient. Elle intgre tant les processus internes mixant les diffŽrentesfonctions de lÕentreprise, que les processus externes incluant Žchanges ettraitements rŽalisŽs par les partenaires. LÕentreprise orientŽe de plus en plusvers son client se concentre sur son cĻur de mŽtier (core-business) et dŽlgueun plus grand nombre dÕactivitŽs ˆ ses partenaires, en les bordant dÕaccordsportant sur les moyens mis en Ļuvre, en plus des accords commerciaux classiquesportant sur les rŽsultats.

 

Nous utiliserons dans cet article une convention de dŽcompositionfonctionnelle de lÕEE telle quÕelle serait reprise par le SI comme suit [24,32] :

-              en bout de cha”ne se trouvent les objets et les informations; exemples : une palette debriques, un dictionnaire

-              juste au-dessus, des opŽrations (ŽlŽmentaires) les transformentou les dŽplacent ; exemples : le chargement dÕun camion, laconsultation du dictionnaire

-              des regroupements de ces dernires forment des activitŽs (routinires), gŽnŽralementlÕaffaire de quelques personnes; exemples : la livraison au client, lacorrection du rapport dÕactivitŽ

-              ces dernires forment les parties de processus impliquant la collaboration deplusieurs compŽtences [1] ; exemples : le traitement de la commandedÕun client, le reporting

-              les projets regrouperont un mŽlange de processus de manire trstransversale dans lÕentreprise et notamment entre membres dÕune EE ;exemples : la rŽalisation dÕun chantier, la conqute dÕun nouveau marchŽ

-              enfin, le fonctionnement des entreprises mobilise un ensemble de fonctions de base relativement invariantes,lesquelles peuvent englober processus et projets mais Žgalement tre englobŽespar eux ; exemples : les Ventes, le Marketing

 

0.3 Š Enjeux et attentes

 

Nous voyons dans lÕaboutissement de ce champ de recherches etdÕexpŽriences sur lÕurbanisation dÕentreprises Žtendues deux enjeux majeurs.

 

Un premier serait lՎmergence dÕun vŽritable mŽtier dÕurbaniste desystmes dÕinformation se rattachant plus aux sciences de lÕorganisation quՈlÕinformatique, et dont la richesse et la spŽcificitŽ consisterait ˆ pouvoirĒ croquer Č la vie de toutes sortes dÕorganisations, ˆ la manire deces peintres chinois dont on sait quÕils observent leur fleur pendant des moispuis en dessinent lÕessence en un seul souffleÉ Au-delˆ de lÕimage, il sÕagitbel et bien de dŽvelopper un savoir-faire dÕabstraction dÕactivitŽs invariantesˆ travers le temps et les diffŽrentes stratŽgies essayŽes par une organisation,dans le but de lui reconstruire lÕossature qui lui offrira le plus de souplessesans perte dÕidentitŽ. Cela nŽcessitera notamment de constituer desbibliothques de cas et leurs classifications.

 

Un second enjeu, plus vaste, concerne la mise ˆ flot dÕune nouvelleculture Žconomique [20] capable de faire dominer les innovations crŽatricesdÕutilitŽs nouvelles sur les innovations de stricts gains de productivitŽmenant ˆ la Ē winner-take-all society Č [26], et ce, en rŽussissant ˆrendre solvable et viable une sociŽtŽ dont le paysage des secteurs tertiaire(les services) et quaternaire (lÕadministration) puisse gagner en Žtendue,diversitŽ et profondeur. Pour cela, deux conditions doivent impŽrativement treremplies :

 

(a)         la structure dŽcisionnelle doit tre suffisamment dŽcentralisŽe etconcurrentielle dans les secteurs secondaire et primaire pour porter le champŽconomique que nous souhaitons pour les secteurs tertiaire etquaternaire : mme si le Ē pompage Č des valeurs Žconomiques deces secteurs dÕamont vers les services requiert les Žnormes Žconomies dՎchelleet de main dÕĻuvre que nous voyons se gŽnŽraliser dans le primaire etsecondaire, il faut en arriver ˆ des technologies trs polyvalentes etsÕaccompagnant bien dÕune gestion par Ē centres de profit Č [7],autonomes dans leur style de gestion au sein dÕune mme entitŽjuridico-financire ; il va sans dire que la gestion rŽussie dÕEE ycontribuera grandement ;

 

(b)        les acteurs doivent se doter dÕoutils de suivi, de nŽgociation et devalorisation dÕexternalitŽs ou dÕeffets secondaires non exclusivementŽconomiques (Žcologiques, ergologiques, sociologiques, et tant nŽgatives quepositives) afin de 1”- soutenir la dŽcentralisation vŽritable susmentionnŽe,2”- enrichir de sens les pratiques professionnelles , 3”- Žtendre encoreles domaines porteurs dÕactivitŽ humaine solvable, 4”- augmenter la ma”trisesur notre environnement et nos comportements ; nous verrons en quoilÕurbanisation des SI dÕEE y contribue directement.

 

 

1. Description de lÕEntreprise Etendue

 

1.1 Š Le contexte

 

QuÕil sÕagisse desrelations entre ses divers employŽs ou des relations avec son environnement externe : clients, fournisseurs, sous-traitants, lÕentreprise doitamŽliorer sa flexibilitŽ et modifier, rŽnover le cadre de ses Žchanges,proposer toujours plus dÕinnovation et de transparence.

 

En outre, la croissancerapide des technologies (Internet, PDA, assistant personnel, tŽlŽphonecellulaire) permet tant au client quÕaux entreprises reliŽes au sein dÕune mmecha”ne de valeur, de participer pleinement aux diffŽrentes Žtapes des processuset dÕaccŽder ˆ des informations de plus en plus riches et compltes.

 

Ainsi lÕInternet et lestechnologies mobiles induisent de nouveaux modes de travail [36], unecoopŽration plus Žtroite entre les diffŽrents acteurs impliquŽs dans lesprocessus inter-organisationnels que constitue cette cha”ne de valeurglobale. Cette dernire peut tre considŽrŽe comme une extension de la cha”nede valeur interne et intgre les diffŽrents processus propres ˆ chaqueentreprise partenaire ainsi que leurs communications.

 

LÕe-business implique unecha”ne de valeur Žtendue dans laquelle chaque partenaire contribue ˆ une partde la valeur apportŽe au client [14]. Ce processus inter organisationnel dŽbutepar la commande initiale et se termine ˆ la livraison du bien ou du service enfaisant appel aux processus des fournisseurs, banques et logisticiens.

 

LÕEE est motivŽe par lerenforcement dÕavantages concurrentiels [27] provenant de lÕintŽgration pluspoussŽe des participants [31] et permettant :

-                 une spŽcialisation etdivision du travail accrue dans le secteur, tout en augmentant, au contraire,la polyvalence au sein des entreprises partenaires

-                 des ŽconomiesdՎchelles correspondantes et une meilleure utilisation des ressources

-                 de la ma”trise plusgrande des cožts et de la qualitŽ

-                 un raccourcissementdes dŽlais de livraison, voire du Just-In-Time (JIT) et de lÕautomatisationdÕapprovisionnements

-                 une coordination plusefficace des stratŽgies envers les clientles, dÕo des possibilitŽs defidŽlisation et de diffŽrenciation bien supŽrieures

-                 lՎlaboration deservices plus riches en valeur ajoutŽe et plus complexes ˆ rŽaliser, gr‰ce aurecours ˆ une Ē conception concertŽe Č

-                 une mutualisation desrisques et une rŽponse plus ma”trisŽe aux fluctuations des marchŽs et destechnologies, sorte de limitation des effets de concurrence, celle-ci sereportant alors surtout entre plusieurs Ē cha”nes de valeursajoutŽes Č, tout en persistant de manire attŽnuŽe ˆ lÕintŽrieur dÕunecha”ne par la libertŽ que retiennent les participants de contracter avec desentreprises extŽrieures ˆ la cha”ne, ce qui fournit la principale force etgarantie dÕefficacitŽ par rapport ˆ la structure bien plus lourde dÕune propriŽtŽunique de tous les segments de la cha”ne.

 

Ce phŽnomne dÕEE [4] seproduit dans un contexte Žconomique o les fluctuations des marchŽssÕaccentuent, o les technologies sont de plus en plus instables et soumises ˆde lÕinnovation permanente, et o les clientles sont dŽsireuses de laisserleurs empreintes dans ces tourbillons incessants, voire de rŽclamer unepersonnalisation des produits. CÕest Žgalement une Žpoque o la nŽcessitŽdÕintŽgration continue de se faire sentir, par lÕouverture des marchŽs mondiauxet la formation dÕunions Žconomiques continentales, par lÕhomogŽnŽisation desmodes de gestion ainsi que des cultures qui rŽsulte de la pression que lapremire exerce sur les particularismes sociaux, lŽgaux et fiscaux, ainsi quelÕincorporation de plus en plus grande de services dans les produits livrŽs auxconsommateurs finaux. Enfin, sur les marchŽs des facteurs de production, lavolatilitŽ des cours des matires premires et des capitaux financiers, lesmesures de dŽrŽgulation et de flexibilisation du marchŽ du travail sontsusceptibles de remettre en cause le consensus social autour des hausses deproductivitŽ censŽes apporter bien-tre et emploi et ainsi mitiger laparticipation des salariŽs aux nouvelles mŽthodes de crŽation de valeurs ajoutŽes.

 

Une caractŽristiqueimportante de lÕEE est que lÕon ajoute ˆ des contrats fondŽs sur lequantitatif, le certain, sur lÕobjet de lՎchange et de la production, desclauses portant sur le qualitatif, lÕincertain et le Ōmodus operandiÕ delՎchange et de la production, laissant les contenus tre plut™t dŽcidŽs par lecontexte extŽrieur, sous contr™le des procŽdures convenues.

 

1.2 - Les dŽfis [9]

 

-                 La participation dessalariŽs constitue un rŽel dŽfi ˆ lÕEE qui cherche ˆ muter en profondeur lescomportements rationalisateurs qui consistent ˆ Ē faire acheter au moindrecožt Č en des comportements de Ē construction et accroissement de lavaleur Č, comprimant dans un premier temps les volumes de consommation parproduit, mais renforant le maillage industriel et, partant, lÕinvestissementet la masse monŽtaire [20, 21]. Tant quÕun nouveau consensus social nÕaura passŽrieusement ŽmergŽ concernant ce mode diffŽrent de croissance, les salariŽsseront peu favorables aux formules dÕintŽressement aux dŽcisions et auxbŽnŽfices des entreprises, dŽmarche pourtant nŽcessaire pour faire rŽussir uneEE Žvolutive.

-                 LՎmergence des TICet les luttes de pouvoir des deux dernires dŽcennies entre le personneldirigeant, les actionnaires, les salariŽs et les Ē tierces partiesintŽressŽes Č ont fortement rŽduit lÕorganisation traditionnelle et lepersonnel dÕencadrement intermŽdiaire (le Ē middle management Č), cequi, dÕun c™tŽ, peut favoriser la mise en place de solutions innovantes pourgŽrer mieux une double cha”ne de valeur (interne et externe), mais dÕun autrec™tŽ, risque de faire manquer ˆ lÕentreprise le minimum dÕintelligenceorganisationnelle nŽcessaire pour y parvenir, selon les cas.

-                 Le repositionnementdes dŽpartements informatiques sur le mme plan que les autres dans uneorganisation remise ˆ plat, ou leur externalisation, peut profiter ˆ lasouplesse et crŽativitŽ de lÕentreprise si les informaticiens se plientvraiment au jeu dՐtre ˆ lՎcoute des besoins et des pratiques des employŽs,comme il peut renforcer au contraire la pulsion de rester proche des secrets dela direction et de ne concevoir le SI quÕen vue dÕune stratŽgie particulire,ce qui le rendra difficilement Žvolutif, nous en reparlerons.

-                 Enfin, tous lesdŽveloppements mentionnŽs jusquÕici ont notamment pour consŽquence de gonflerde manire importante les cožts indirects, et de rendre obsoltes, voiredangereuses les mŽthodes prŽcŽdentes de comptabilitŽ analytique de ventilationde ces cožts entre les diffŽrents produits ou activitŽs, ainsi que les tableauxde bord de gestion basŽs sur des hiŽrarchies de t‰ches bien balisŽes etrŽpŽtitives.

 

LÕon pourrait mentionnertrois types dÕEE, elles-mmes traversŽes par un mŽlange de trois modes degestion, marchand, hiŽrarchique ou par relation de confiance sanscodification : a) le rŽseau dÕentreprises co-traitantes (o lescommanditaires dŽveloppent la capacitŽ ˆ crŽer de la VA par lessous-traitants) ; b) le rŽseau coopŽratif plus Žgalitaire, o seretrouvent le Ē district industriel Č vertical et le Ē projetinnovant risquŽ Č horizontal ; c) le rŽseau techno Žconomique o segre une capitalisation Š dŽcapitalisation continue des connaissances entreinstitutions publiques et entreprises [6,29].

 

 

2. - ElŽments de gestion pertinents pour laconception du SI dÕune EE

 

 

Le Systme dÕInformation dechaque participant a besoin dՐtre accessible, tout au moins partiellement, partous les partenaires impliquŽs dans la Ē Global Value Chain Č [35].Ainsi le client souhaite pouvoir accŽder aux informations relatives auxproduits (caractŽristiques, prix, disponibilitŽ, dŽlai de livraisonÉ). De mme,le fournisseur a besoin dÕinformations sur le niveau de stock de lÕentreprisecliente pour optimiser sa production et gŽrer au mieux ses livraisons. Cesaccs et partages dÕinformations doivent pouvoir sÕeffectuer sur diffŽrentscanaux et supports (Web, PDA, tŽlŽphone cellulaire, É). Il est doncessentiel de proposer une architecture efficace afin dՎlaborer un SystmedÕInformation pour cette cha”ne de valeur globale.

 

En effet, les diffŽrentesentreprises partenaires (fournisseurs, sous-traitants) sont ˆ la foisimpliquŽes dans un macro processus commun [18], mais Žgalement autonomes etconcernŽes par dÕautres alliances. Il est alors important et avantageux deprocŽder ˆ une dŽmarche dÕurbanisation de leurs processus. En effet, chaqueentreprise pourra ˆ la fois constituer avec les autres partenaires un ensembleharmonieux et efficace au sein dÕune cha”ne dÕactivitŽ, mais Žgalementfaciliter son insertion au sein dÕune autre cha”ne dÕactivitŽ en faisantŽvoluer certains processus variables (voyez Fig. 1).

 

Labonne marche dÕune EE requerra, entre autres choses :

 

-                 que les stratŽgiesdes participants soient plus explicitŽes entre eux ainsi quՈ lÕintŽrieur desentreprises elles-mmes, et quÕelles aient une certaine pŽrennitŽ afin depermettre leur coordination, ce qui reprŽsente une premire autolimitation delibertŽ ;

-                 que les mŽthodes detravail soient rendues compatibles ˆ un certain niveau, mme si ce quidiffŽrencie une EE dÕun groupe fusionnŽ est bien le fait que chaque participantse retient de devenir trop spŽcifique par rapport ˆ ses partenaires afin depouvoir continuer ˆ traiter avec des clients Ē extŽrieurs Č, ce quitrouve sa solution dans une approche Ē gŽnŽrique et modulaire Č commenous verrons plus loin ;

-                 que les organisationsparticipantes soient rendues encore plus souples et flexibles que ce quÕimposele marchŽ ˆ lÕentreprise classique du secteur, attendu que la coopŽration entredes entitŽs juridiques et financires distinctes produira elle-mme unedynamique de changements structurels pour lÕoptimisation des rapports, une foispassŽ le temps du choc positif initial Žvident, les questions de frontires, dezones dÕinfluences, dÕautonomie, de propriŽtŽ et de brevets ne pouvant treŽvitŽes ;

-                 que les participantsaient ˆ leur disposition des dispositifs (humains, organisationnels etinformatiques) leur permettant de percevoir les synergies partout o elles setrouvent, afin de lever un maximum de blocages entravant le bon fonctionnementde lÕensemble ;

-                 ˆ lÕinverse, il fautque les entreprises se dotent dÕoutils de capitalisation des connaissances etde formation permanente [8], vu que les consŽquences dÕun blocage ou dÕundysfonctionnement ne peuvent plus tre amorties dans un calcul cožts bŽnŽficesstrictement local ˆ cause des responsabilitŽs Žtendues ; ˆ prŽvoirnotamment du e-training, fžt-ce pour la seule utilisation du SI commun ;

-                 il faut Žgalement sedoter de structures de dŽcision collective et de nŽgociation, et pas uniquementaux niveaux supŽrieurs, car partout o la flexibilitŽ est de mise,lÕincertitude importante, et o les rapports ne sont pas entirement figŽs parune structure de commandement hiŽrarchique et des clauses de contrats, il fautde la concertation approfondie ; lÕidŽe est que dans un systme rendu pluscomplexe et maillŽ, soumis ˆ un potentiel de changement plus fort, presquenÕimporte quelle action ou dŽcision sortant de la routine pourrait tresusceptible dÕinitier un processus de changement dont il vaudrait mieux treconscients le plus t™t possible : cÕest ˆ cette fin que seront conues desapplications permettant ˆ chaque employŽ de visualiser et de simuler lÕactivitŽde lÕEE selon ses prŽrogatives;

-                 la pŽriodicitŽ desrenŽgociations partielles dÕaccords doit tre fixŽe avec grandeprŽcaution : trop frŽquentes, elles peuvent sŽrieusement endommagerlÕesprit de coopŽration dans la cha”ne, trop espacŽes, elles risquent delaisser sÕaccumuler trop de frustrations ; il faudra Žgalement bien tenircompte des rythmes et temps propres ˆ chaque participant ou ˆ chaqueprojet ; ceci est une question fondamentale pour la conception du plandÕurbanisation de lÕEE ;

-                 il faut bien serendre compte que lÕon a remplacŽ un systme concurrentiel de rapportsmarchands bipartites et ponctuels par un cadre plus intŽgrŽ o les rapports deforce seront un peu plus exacerbŽs du fait de lÕinstitutionnalisation durapport commercial, et o, du fait du pari du JIT, les entreprises plus enamont de la cha”ne acceptent de se rendre dŽpendantes des succs commerciauxdes entreprises en aval, ainsi que de leur pouvoir de Ē rŽaliser lesplus-values accumulŽes Č auprs du consommateur final, ce qui produit uneasymŽtrie de pouvoir de nŽgociation sur lՎtablissement des prix au sein de lacha”ne en faveur des entreprises de lÕaval, asymŽtrie quÕil sÕagira decompenser par une organisation adaptŽe de la transparence ou opacitŽ delÕinformation au sein du groupe ;

-                 lÕaffichage desvaleurs internes reprŽsente un enjeu bien supŽrieur par rapport ˆ lÕentrepriseisolŽe, et, de plus, lÕimportance prise par lÕaspect dynamique ne consent plusde gŽrer les prioritŽs, les projets, les produits dÕaprs une comptabilitŽanalytique traditionnelle, ni peut-tre mme par une mŽthode des Ē comptesde surplus[1] Č ou une Activity BasedManagement (ABC-ABM)[10], certes dŽjˆ bien prŽfŽrables puisquÕelles affectentchaque charge aux activitŽs, processus ou projets selon quÕelle est associŽe ˆleur finalitŽ ou nonÉA plus forte raison, dans une EE, les reports de charges sur les produitsseront encore plus stratŽgiques puisquÕils conditionneront la coopŽrativitŽentre les partenaires (un fournisseur aura plus de marge pour nŽgocier sa partdans la valeur ajoutŽe dÕun bien si celui-ci nÕest pas indžment surchargŽdans la comptabilitŽ analytique de son client). Il convient donc de dŽvelopperune mŽthode o la valorisation interne[2] des produits et servicesintermŽdiaires provienne de dŽcisions stratŽgiques ŽtayŽes par lÕoutil de simulationdynamique de lÕEE, tantil est nŽcessaire que le futur se retrouve escomptŽ dans les valeurs prŽsentesdÕune organisation qui se restructure en permanence pour lÕavenir [10]. Cecipermettra de travailler avec des investissements organisationnels et desinvestissements de partenariat, ausens o les gestionnaires pourront Žtablir pour leurs produits ou servicesstratŽgiques des ratios de ROI qui tiennent compte de plusieurs scŽnarios degestion, ˆ travers les valeurs simulŽes qui entreront dans leur calcul. Lachose para”t dÕautant plus faisable que lÕoptique dÕurbanisation produira un SIŽminemment proche du niveau opŽrationnel, comme nous le verrons dans latroisime partie, permettant ainsi ˆ la comptabilitŽ analytique de suivre deprs les activitŽs.

-                 le point prŽcŽdentpose des exigences de co-responsabilitŽs transversales avec anticipationscroisŽes sur lÕavenir (donc ˆ recouper), des exigences Žgalement de biensÕentendre sur les pŽrimtres des phŽnomnes que lÕon veut gŽrer, sur lestermes employŽs, les niveaux de dŽtail ˆ surveiller, les critres dՎvaluation,bref toute une culture coopŽrative nŽcessitant diplomatie autant que rigueur,vision large et dynamique en mme temps que le souci de lÕimmŽdiat.

 

 

3. - Conseils dÕurbanisation des SI adaptŽs ˆlÕEE

 

 

LÕurbanisation des SystmesdÕInformation doit contribuer ˆ la modernisation des Systmes dÕInformation delÕentreprise, ˆ leur adaptation et corrŽlation vis-ˆ-vis de la stratŽgiechoisie par les dŽcideurs [12,13].

Elle doit permettre :

-                 une simplificationdes Žchanges entre les diffŽrents acteurs, notamment en proposant une interfaceplus conviviale aux utilisateurs.

-                 une amŽlioration desconditions de travail induisant un plus grand confort et donc une plus grandesatisfaction entre les divers interlocuteurs.

-                 une ŽvolutivitŽ plusaisŽe, gr‰ce au principe de modularisation, impliquant un dŽcoupage adŽquat endiffŽrents ŽlŽments embo”tables, quÕil sÕagisse de composants logiciels,dÕapplications, de processus ou de groupes de projet.

 

LÕurbanisation des SystmesdÕInformation consiste ˆ dŽvelopper une entreprise modulaire, dans laquellechaque granule qui la compose Žchange, communique, traite, dŽcide de manireautonome de faon ˆ proposer une plus grande rŽactivitŽ et une plus grandeflexibilitŽ.

Au vu des exigences accruesdes consommateurs et du rythme accŽlŽrŽ des innovations tant technologiques questratŽgiques, il est important de construire ce Ē mŽga Š SI Č sousforme modulaire, homogne et intŽgrŽe.

 

LÕurbanisation dÕune telleorganisation doit nŽcessairement passer par un travail autour dÕun rŽfŽrentielcommun permettant aux diffŽrents acteurs partenaires de communiquerefficacement. Ce langage unificateur constitue une base fondamentale et stabledes ŽlŽments relatifs au secteur dÕactivitŽ de cette cha”ne de valeurcoopŽrative. Les invariants mŽtiers peuvent tre construits autour dumŽtalangage XML, mais Žgalement dÕun langage unifiŽ de constructiondÕextensions au SI telles que souhaitŽes par les utilisateurs, par exempleinspirŽ du Universal Modeling Language (UML). Mais attention, notre conceptionde lÕurbanisation en tant que culture de lÕaction locale par une pensŽ globalerequiert une vision plus nuancŽe que celle souvent retenue pour parler desrŽfŽrentiels. Selon nous, le bon Ē systme de rŽfŽrentiels Č estcelui qui permet ultimement aux acteurs de se dŽvelopper une sŽmantique, unrŽseau de significations, une culture propre, donnant au travail dՎlaborationĒ bottom-up Č de rŽfŽrentiels son vŽritable poids dÕaccrochage avecle rŽel, nonobstant lÕirrŽductibilitŽ de lÕambigu•tŽ et de lamulti-interprŽtation qui doivent continuer ˆ les entourer. Il sÕagira doncplut™t dÕun processus dՎlaboration permanente dÕune fŽdŽration de rŽfŽrentielslocaux.

 

Le partage interorganisationnel et la transparence de lÕinformation induisent la constitutiondÕinitiatives sectorielles en vue dÕharmoniser le langage utilisŽ au sein decette industrie. Ces groupes de travail Žlaborent les caractŽristiques communesaux donnŽes de base utilisŽes par les sociŽtŽs impliquŽes dans le secteur.Gr‰ce ˆ ce langage homogŽnŽisŽ, les composantes technologiques des SI desentreprises partenaires, constituŽes en grande majoritŽ des systmes EnterpriseResource Planning (ERP), peuvent ainsi dialoguer entre elles. Cette syntaxecommune constitue le Ē liant Č, permettant lÕintŽgration desdiffŽrents systmes gŽrŽs par chaque partenaire et offrant ainsi la possibilitŽˆ chaque acteur de la cha”ne de valeur globale de partager et dÕaccŽder auxinformations.

NŽanmoins, la normalisationdÕun langage sectoriel commun ne suffit pas ˆ transformer cette compilationdÕentreprises et de composants technologiques en une vŽritable cha”necoopŽrative. LÕentreprise Žtendue implique une rationalisation desprocessus et induit une refonte des mŽthodes de travail au sein de chaquemembre de la cha”ne, de faon ˆ imaginer un macro processus interentreprisesharmonieux. Il est alors essentiel que les acteurs des diffŽrentes compagniesse sentent impliquŽs et concernŽs par toutes les Žtapes de ce macro processus transversal,transfonctionnel et transorganisationnel. CÕest en cela quÕune approche par OOOo chaque ŽlŽment dÕune entreprise sera reprŽsentŽ par un symbole avec despropriŽtŽs propres ou hŽritŽes de classes dÕappartenance et dotŽ decomportements est nŽcessaire. Une fois cette reprŽsentation mise en place, ilfaudra que tout changement ou dŽveloppement soit pensŽ et discutŽ dans cesnouveaux termes, ceux-la mmes qui constituent le langage de conception etdÕutilisation du SI.

 

La mŽthode consistera ˆdistinguer les caractŽristiques des processus invariants de celles desprocessus plus flexibles de faon ˆ reconceptualiser autour des premiers lescomposants technologiques et organisationnels, flexibles et communicantspermettant de reprŽsenter ˆ un instant t une stratŽgie interentreprises et les processus qui laconcrŽtisent. Ainsi, lors de toute modification stratŽgique, induisantimplicitement une reconfiguration des mŽthodes de travail aussi bien internesquÕexternes, seuls certains composants applicatifs ou sous-processus devronttre rŽvisŽs, notamment des sous-processus orientŽs client (dits de typeĒ prioritaire Č), moins stables, et qui devront Žvoluer plusfrŽquemment.

Cette organisationgranulaire autour dՎlŽments stables, favorise une plus grande rŽactivitŽvis-ˆ-vis des Žvolutions conjoncturelles (technologique, demande deconsommation, É) et permet dÕoffrir ˆ la cha”ne de valeur coopŽrative une plusgrande efficience.

 

Dans la Figure 1 ci-aprs, nouspouvons observer lÕintŽrt de concevoir une architecture modulaire. En effet,chaque entreprise Žtant un membre potentiel de plusieurs rŽseaux dÕaffaires,doit pouvoir adapter ses flux informationnels et ses processus au sein dediffŽrents projets associŽs ˆ des partenariats divers. En consŽquence, dansnotre cas, le fournisseur (en haut ˆ droite) qui a conu un SI modulaireinstancie ses processus gŽnŽriques, ici le process A relatif ˆ lՎtablissementdÕune commande client, selon les projets reliŽs aux divers partenariats, sansque son personnel ne se perde dans des langages et procŽdures trop diffŽrents ˆchaque fois.

 

De la mme faon que ledŽveloppement dÕoutils applicatifs se rŽalise de plus en plus via descomposants logiciels, modules de programmation autonomes et communicants,imbriquŽs les uns dans les autres, il est donc Žgalement important dedŽvelopper une mŽthode de conception et de modŽlisation des processus de faonˆ dŽcrire des sous-cha”nes dÕactivitŽs autonomes, communicantes et liŽes lesunes aux autres de faon ˆ former un processus cohŽrent et Žvolutif.

LÕabsence de contactspersonnels sur un mme lieu de travail et le dŽcalage dans le temps descoordinations des travaux des Žquipes requiert un SI qui permette un partagetrs approfondi des informations et de leur mŽmoire. Il ne suffira pas quesÕempilent les informations dans des bases de donnŽes : lÕarticulation decelles-ci ˆ lÕintŽrieur dÕune visualisation de lÕentreprise et de ses objectifset stratŽgies explicites sera indispensable et nŽcessitera une participationimportante et attentive de tous jusquÕau point de redŽfinir les profils despostes de travail pour intŽgrer ces nouvelles t‰ches de communication [18].

LÕarchivage des donnŽespassŽes constituera une Žtape importante de lÕurbanisation en ce quÕelleconsistera ˆ Žtablir intelligemment les points dÕaccs aux configurationpassŽes du SI et les donnŽes correspondantes (toutes gardŽes en mŽmoireaccessible) ˆ partir du SI prŽsent ; cela constituera une bonne partie dela lisibilitŽ et de lÕinterprŽtabilitŽ des donnŽes courantes mais Žgalementsoutiendra le fonctionnement de lÕoutil de simulation. La mŽmoire bien archivŽeet ˆ dŽcompression aisŽe servira encore ˆ assurer une sŽcuritŽ renforcŽe pourun SI autorisŽ ˆ Žvoluer de jour en jour, surtout si ses utilisateurs peroiventque la rŽversibilitŽ de certaines avancŽes est garantie. Enregistrer lesintentions initiales ˆ la base des changements permettra de s'en servir lors dela rŽvŽlation de dŽveloppements inattendus et de lՎvaluation routinire.

 

Les circuits de communicationinformels jouent ˆ plein dans les passages ˆ vide de la structure officielle,cÕest-ˆ-dire dans les phases de rŽorganisations dŽcisives et les Žventuelssauts qualitatifs vers une autre logique organisationnelle lorsque certainsparamtres de base ont changŽ [3] É Le rŽseau officieux est celui quidŽtermine la rŽpartition des poids (les intŽrts personnels) dans la structureformelle : si ceux-ci dŽplacent trop les centres de gravitŽ par rapportaux Žquilibres prŽvus par celle-ci, elle subira t™t ou tard un changementbrusque de gŽomŽtrie qui refltera leur rŽpartition. Ainsi, paradoxalement,pour mieux assurer la concordance Žvolutive de lÕofficiel et delÕofficieux et Žviter de dŽsintŽgrer et lÕun et lÕautre en voulant trop fairerentrer lÕinformel dans le formel, il sera nŽcessaire de gŽrer habilement unedistance entre les deux en prŽvoyant des zones dÕactions ne devant pas treexplicitŽes ni intŽgrŽes dans le SI [25, p 62]. CÕest Žgalement pour ce genrede transitions que lÕinscription de lÕoutil de simulation au cĻur du SI peutsortir tous ses services, dans la mesure o il encourage ou exige, cÕest selon,lÕexplicitation dans le rŽfŽrentiel commun des nouvelles visions passantsubitement de la sphre informelle vers lÕofficielle, et attŽnue ainsi le c™tŽarbitraire, discontinu ou dŽstructurant de la mutation. A cette enseigne, ilsera important que les urbanistes se livrent ˆ un exercice de rŽflexion sur ladynamique des organisations prŽalablement ˆ la mise en Ļuvre des SI, afindÕanticiper le mieux possible les changements organisationnels et relationnelsqui vont inŽvitablement se produire entre les partenaires du fait de leuraventure commune en USI[4].

 

Ainsi, tout ŽlŽment du SI(information, opŽration, activitŽ, processus ou projet) pourra tre considŽrŽcomme une entitŽ organisationnelle autonome, initiŽe par un input, transactionen entrŽe, rŽalisant un certain nombre dÕagrŽgations nŽcessaires ˆ un mŽtier etfournissant un rŽsultat (output) en sortie. Il devra tre documentŽ de lamanire suivante :

-   son organisationstructurelle interne devra dŽcrire les Žchanges entre ses partiesconstitutives, et sa lisibilitŽ sera conditionnŽe ˆ des privilges ;

-   son intŽgration danslÕensemble devra prŽciser toutes ses relations avec les autres composants du SI(sur ce point, nous tenons ˆ nous dŽmarquer de lÕapproche hiŽrarchique quisouhaite minimiser les relations transversales car nous prŽfŽrons lÕapprocheĒ toile dÕaraignŽe Č, de loin plus Ē user-friendly Č etĒ Žvolutive Č pour des environnements intensŽment collaboratifs, cequi ne doit pas empcher les DSI de faire en permanence un travail de nettoyageet de rationalisation des redondances ;

-   les Žvnements quidŽclenchent ou alimentent son fonctionnement ;

-   son rŽsultat et safinalitŽ, censŽs structurer son organisation interne ;

-   le cožt de sonfonctionnement ;

-   les Žvaluateurs de saperformance, selon la batterie de critres retenus, dont la qualitŽ, le tempsde cycle et la contribution ˆ la valeur de ses dŽrivŽs dÕaprs les hypothsesde simulation retenues.

 

 

 

 

Enmatire de sŽcuritŽ, cohŽrence et efficacitŽ :

 

-il faudra prŽvoir une structure de bases de donnŽes en rŽseau munie dÕunsystme de Ē versionning Č(type CVSÉ) pour mettre ˆ jour en permanence le SI Žvolutif, ainsi quÕunsystme puissant de compression de la mŽmoire du systme

-doter le SI de mŽthodes de communication et de vŽrification de comprŽhension des informations,surtout pour les parties stratŽgiques, car il nÕest pas Žvident de faire passerune communication aussi riche mais pleine de parallŽlismes que celle concernantle fonctionnement dÕune EE,

-    prŽvoir une organisation graphique etfonctionnelle uniquederrire laquelle puisse sÕexŽcuter le travail collaboratif, se gŽrer lacomptabilitŽ analytique et se pratiquer les simulations prospectives dufonctionnement de lÕEE. Ce dernier aspect permettrait notamment ˆ lÕutilisateurqui ne dispose pas de lÕaccs au contenu de certains ŽlŽments du SI de selivrer tout de mme ˆ une rŽflexion sur le fonctionnement dÕensemble en yrentrant des valeurs estimŽes ou passŽes prises dans les domaines pour lesquelsil dispose dÕinformations. Moyennant une formation appropriŽe aux outils desimulation/modŽlisation par interface graphique intŽgrŽs au SI, le personnelserait ainsi plus ˆ mme de prendre la mesure de consŽquences prŽvisibles decertaines de leurs actions, dŽcisions ou propositions. Cet outil sera ˆlÕemployŽ dÕaujourdÕhui, immergŽ dans des rŽseaux complexes et dynamiques, ceque les transmissions entre pairs et lÕexpŽrimentation sur le poste Žtaientjadis ˆ lՎquipe de mŽcanos travaillant sur une matire statique.

-    enfin, une t‰che non des moindresincombera aux urbanistes du SI, outre de surveiller la non redondance ŽvoquŽeplus haut, de veiller ˆ lÕefficacitŽ dÕun tel SI partiellement dŽcentralisŽ, ˆ lÕaide dÕoutilstels que des indicateurs de nombre de manipulations nŽcessaires pour exŽcuterles t‰ches, tels que des options de masques ˆ la carte (non-affichagedÕinformations ou rajouts de raccourcis) dans une logique de Ē templates Č.Il sÕagira de compenser la perte dÕefficacitŽ potentielle due au passagedÕapplications dŽdiŽes ˆ un rŽseau de modules microscopiques quÕil fautdÕassembler pour produire les fonctionnalitŽs.

 

 

4. - Conclusion

 

Nous pouvons ˆ prŽsent retenir une sŽriede recommandations :

 

1-        il sera important de faire Žmerger le plus prs possible des pratiquesdÕexŽcution les ŽlŽments de construction du SI afin de permettre une vŽritablefluiditŽ de lÕintŽgration opŽrationnelle au sein de lÕEE (par opposition ˆ unesimple intŽgration dŽcisionnelle), et afin dՎviter que le SI ne se cantonnetrop ˆ une version particulire de stratŽgie de la part de la DG ; cecirequiert de donner ˆ tous les employŽs des outils de dŽveloppement expŽrimentalde bases de donnŽes locales et dÕinterfaage web afin de ne freiner aucuneinitiative localement validŽe, dans un premier temps;

2-        il faudra nŽanmoins compenser cela par une procŽdure de rŽcupŽration deces dŽveloppements spontanŽs par des spŽcialistes de lÕUSI qui se chargeront deles intŽgrer dans le systme dÕensemble, en les dŽcomposant en partiesgŽnŽriques et parties circonstanciŽes, tout en restant trs ˆ lՎcoute desretours des utilisateurs ;

3-        lÕintŽgration du passŽ (mŽmoire, y compris les Žchecs) et du futur(simulations, stratŽgies expliquŽes) dans le SI courant doit pouvoir alimenteren permanence les dŽbats sur lՎvolution souhaitable de lÕEE et de son SI,notamment sur la question des partages et accs de donnŽes sensibles, mais ellecontribuera Žgalement ˆ la mise au point progressive dÕunĒ mŽtalangage Č propre ˆ lÕEE capable de rapprocher suffisamment lesŽmetteurs des rŽcepteurs dÕinformations ;

4-        il faudra absolument prŽserver certaines zones dÕopacitŽ, de secret etde libertŽ dÕaction pour Žviter que le SI nÕinhibe des comportements essentielsdÕimplication stratŽgique forte des employŽs en forant trop dÕexplicitation.

 

Nous pouvons Žgalement proposer une sŽriede questions devant alimenter le dŽbat, prŽfigurer de futurs travaux, et entout cas prŽoccuper les urbanistes des SI :

 

5-        Urbanisation de l'urbanisation des SI: Quels prŽrequis dedŽmarches de gestion (par exemple, consultation forte avec centralisationautoritaire, ou au contraire rŽelle dŽcentralisation) et de cultured'entreprise (formations et expŽriences requises, opŽrations de transformationrŽussies..) seraient-ils nŽcessaires pour rŽussir une urbanisation ? Est-ilnŽcessaire dÕy arriver par Žtapes ? Est-il possible de sauter l'Žtaped'expŽrimentation d'un progiciel intŽgrŽ de gestion ? Peut-tre est-ilsouhaitable que des partenaires dÕune EE se lancent le plus vite possible dansune conception urbanisŽe de leurs SI, Žtant donnŽ que lÕurbanisation nÕestquÕune mŽthode et non un paradigme de programmation absorbantÉ

6-        Comment l'USI peut aider les entreprises qui veulent rŽussir,dans un monde en accŽlŽration et en intŽgration croissante, ˆ rebondirnerveusement sur chaque Žvnement de court terme pour faire avancer maisŽgalement rŽviser ses objectifs structurants de long terme ? Ceci ouvretout le dŽbat sur la dŽcentralisation des options tactiques et de leurarticulation sur une stratŽgie qui se dŽfinisse plut™t en termes de mŽthodesÉ

7-        O doit tre placŽe la zone dՎlaboration de la stratŽgie,ensemble de contraintes dŽlibŽrŽment choisies, par rapport ˆ laprescription-codification-normalisation sans cesse croissante des comportementset leurs Žvolutions, permise par lÕUSI ? Dit autrement : si avant l'USI,l'entreprise accumulait en continu les mobiles de changement pour ne les dŽlierque lors de gros chantiers de rŽorganisation impliquant nŽcessairement de grosdŽbats internes sur la stratŽgie et l'identitŽ de la firme, comment doit tredŽfinie ˆ prŽsent la cohŽrence attendue entre "rgles urbanistiques"produites par des scenarii d'Žvolutions et les "comportements rŽelsinduits par ces rgles" ? Quel degrŽ de conformitŽ exiger par rapport auxcomportements initialement hypothŽtisŽs et attendus pour ne pas bloquer lesystme ? Quel pas de temps prŽvoir pour l'upgrade partiel du systme ?

8-        DÕune manire plus gŽnŽrale, comment cette forme dedŽcentralisation de l'Žlaboration du SI influence-t-elle la mŽdiatisation et lanŽgociation des conflits d'intŽrts entre sous-groupes de l'entreprise ? Neforce-t-elle pas trop la coopŽration transparente en empchant des paris ou desstratŽgies personnels implicites pouvant tre prŽcieux pour l'entreprise ?Comment influence-t-elle la structure du pouvoir dŽcisionnel dans l'entreprise?

 

 

 

 

 

 

 

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[1] MŽthodequi permet dՎtablir des mesures de variations de productivitŽ par produit afinde se libŽrer de la seule mesure de productivitŽ trop souvent utilisŽe et tropimprŽcise, ˆ savoir la productivitŽ globale du travail. Elle consiste ˆ tenirune comptabilitŽ parallle des variations de productions en quantitŽs,cÕest-ˆ-dire ˆ prix constants, de manire ˆ pouvoir rapporter certaines sortiesˆ certaines entrŽes ou produits intermŽdiaires.

[2] LÕattributiondÕune charge ˆ un composant ou une t‰che intermŽdiaire sert ˆ en dŽterminer lecožt et, par lˆ, sa contribution ˆ la valeur du produit vendu aux clients seraproportionnelle ˆ son cožt. Or, certains composants dÕune EE peuvent trs bienreprŽsenter une trs grosse contribution ˆ la valeur ajoutŽe sans pour autantque leur cožt soit ŽlevŽ, simplement gr‰ce ˆ un ingŽnieux dispositif decollaboration, et il conviendra de rŽpartir le surplus ainsi dŽgagŽ dÕaprs lesnŽgociations internes ˆ lÕEE, sur base de cette transparence des valeurs.

[3] Voyez par exemple la typologie encinq grandes familles de schŽmas organisationnels de Mintzberg, dŽpendant dÕuncertain nombre de paramtres [29].

[4] Outre Mintzberg, nous conseillonsvivement de consulter R. Brousseau [7], qui a rŽalisŽ des Žtudes statistiquesrŽvŽlant des phŽnomnes contre-intuitifs o les EE Žvoluent vers plus derapport marchand entre partenaires en cas dÕabaissement de la spŽcificitŽ vis ˆvis de lÕextŽrieur et de plus de paritŽ entre eux, et vers plus de hiŽrarchielorsque la distribution des actifs se fait plus asymŽtrique entre lespartenaires.